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vendredi 10 mars 2017

LE POINT SUR LES 11 SUBSTANCES COSMÉTIQUES MISES EN CAUSE PAR "QUE CHOISIR"

Je n'avais pas prévu d'aborder à nouveau le sujet car il n'y a rien de très nouveau par rapport à leur dernière enquête de l'année dernière et ma réponse "Doit-on avoir peur des cosmétiques ?", mais la journaliste Elodie Bousquet du magazine Marie-Claire vient de m'interroger à ce sujet et je trouve son article bien foutu, pédagogique, factuel et tout à fait respectueux de ce que j'ai dit sur ce sujet assez touchy, donc je vous invite à le lire en cliquant  


Nous y faisons ensemble un point toxicologique et réglementaire sur chacune des 11 substances dénoncées par Que Choisir (car il s'agit vraiment de ça : il ont même fait un formulaire online de dénonciation de produits cosmétiques qui contiendraient tel ou tel ingrédient). De manière scientifique, posée, et non émotionnelle. Ni 100%-pro-cosmétique façon lobbyistes de la profession, ni 100%-anti-cosmétiques-industriels façon on tente de nous empoisonner pour faire plus de profit. Rien que des faits.

Les ingrédients en question :

PHENOXYETHANOL, PARABENES (BUTYLPARABEN, PROPYLPARABEN, SODIUM BUTYLPARABEN, POTASSIUM BUTYLPARABEN, SODIUM PROPYLPARABEN, POTASSIUM PROPYLPARABEN), METHYLISOTHIAZOLINONE, METHYLCHLOROISOTHIAZOLINONE, TRICLOSAN, BHA, BHT, CYCLOMETHICONE, CYCLOTETRASILOXANE, CYCLOPENTASILOXANE, BENZOPHENONE, ETHYLHEXYL METHOXYCINNAMATE, PHENYLENEDIAMINE, SODIUM LAURYL SULFATE, AMMONIUM LAURYL SULFATE.

Pour chacune de ces substances, vous saurez :
  • A quoi elle (conservateur, filtre solaire, tensioactif...).
  • Dans quels types de produits on la retrouve.
  • Si elle est très ou peu présente dans les cosmétiques actuels.
  • Ce qu'on lui reproche (à tort ou à raison) : allergisante, irritante, perturbateur endocrinien / "cancérigène", mauvaise biodégradabilité...
  • Ce que valent ces reproches : ont-il été validés par la communauté scientifique, les toxicologues et les autorités de santé (dans l'enquête Que Choisir : des vérités, mais aussi des approximations, confusions ou erreurs dues à des références à des études non recevables scientifiquement parlant)
  • Quelles alternatives peut-on trouver aux produits qui contiennent ces substances, et même quand elles ont été officiellement "blanchies" si vous préférez tout de même les éviter.
Je ne reviendrai pas sur le "marketing de la peur" sur lequel Que Choisir, tout comme 60 Millions de Consommateurs, surfe régulièrement (surtout sur les cosmétiques - comme par hasard, à chaque fois leurs numéros sont sold out très rapidement et font beaucoup de buzz sur les réseaux sociaux - attendez-vous du coup à les voir revenir chaque année tels des "marronniers" comme on dit dans la presse). Je vous invite plutôt à relire ici l'article que j'avais rédigé l'année dernière à ce sujet.

Je précise que je suis absolument POUR la liberté d'expression et la défense des consommateurs, vraiment, et bien contente que ce genre d'associations existent car elles font souvent bouger les choses dans le bon sens (y compris en cosmétique). Je regrette juste que quasi-systématiquement, leurs dernières "enquêtes" soient si approximatives et au final orientent si mal les consommateurs qu'ils sont censés informer.

Pour analyser des études toxicologiques, il faut être toxicologue. Moi-même, biologiste BAC+5 spécialisée en cosmétologie avec plus de 15 ans d''expérience, je ne saurais pas toujours en tirer les bonnes conclusions. Chacun son métier ! 

A noter également : Que Choisir et 60M de Consommateurs mènent aussi parfois des études d'efficacité approximatives sur les produits cosmétiques (par exemple quand ils ont réalisé des mesure de protection solaire in vitro il y a quelques mois parce que c'est moins cher que les études sur de vrais sujets, mais que bien sûr c'est aussi moins fiable et que tout cela a abouti à des erreurs d'appréciation du SPF).

Et la plupart du temps, probablement, ils font les choses très correctement...

Zut, j'ai déjà écrit tout ça ? Moi qui ne voulais que relayer l'article de Marie-Claire !! ;)

(n’hésitez pas à partager l'article de Marie-Claire... et faites attention à la circulation routière, vous avez infiniment plus de chances de mourir d'un accident de voiture au prochain carrefour que de l’application quotidienne de votre crème de jour)



Bon et puis rien à voir, mais si vous avez raté cette vidéo qui circule aujourd'hui, 
regardez-la, jusqu'au bout, elle est terrible !!

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jeudi 25 février 2016

DOIT-ON AVOIR PEUR DES COSMETIQUES ?

Petit article rapide suite à la dernière enquête de Que Choisir sur la toxicité des cosmétiques. Je ne voulais pas rebondir dessus car j'ai déjà abordé le sujet qui revient régulièrement et finit par m'ennuyer profondément et je n'ai pas grand chose à ajouter, mais j'ai dû y répondre ce matin dans un cadre professionnel, du coup je suis en plein dedans, autant vous en (re)toucher un mot ici aussi, pour celles et ceux qui seraient précédemment passés à côté.

Tout d'abord je voudrais vous dire ceci :


J'ajouterais : "anyway...".

Et aussi : "but not from cosmetics, don't worry."

L'étude de Que Choisir est intéressante pour le grand public qui ignorerait encore que certaines molécules, dans toutes les industries, peuvent avoir des effets secondaires à long terme. Elle est en grande partie basée sur des vérités scientifiques et épidémiologiques qu'il est bon parfois de rappeler, et si elle peut pousser certains industriels à faire plus attention à leurs formules, tant mieux. 

EN REVANCHE.

Elle n'est aucunement étonnante, elle m'a fait bailler, vraiment rien de nouveau sous le soleil.

Et surtout : elle est hyper anxiogène, avec certains éléments approximatifs, non prouvés ou confusants, et a une forme plutôt "à charge", ce qui est bien dommage car elle fait beaucoup de tort à une industrie qui n'en mérite pas tant et qui est quand même - on ne le sait pas toujours - l'une des plus réglementée et des plus transparentes. Bien plus que l'industrie alimentaire, par exemple.

La réglementation cosmétique évolue par ailleurs très régulièrement avec les avancées de la Recherche. Et il n'y a jamais eu de scandale sanitaire grave lié à un produit cosmétique (pas de vache folle, de dioxine, de cheval caché, de sang contaminé...).

N'oublions pas non plus que tous les produits cités dans l'étude respectent la loi, et aucun industriel (= être humain doué d'un cerveau et d'un cœur) n'a réellement envie d’empoisonner ses consommateurs à petit feu pour faire plus de profit comme on essaye parfois de nous le faire croire. 

En réalité, la Profession, même si elle n'est pas parfaite, s'auto-régule plutôt très bien. 

Par exemple, concernant les allégations mensongères (un classique reproché à l'industrie cosmétique), un rapport indépendant de l'ARPP (bureau de vérification de la publicité) montre qu'on est de très bons élèves en France : 98.7% de conformité en 2015 ! Cela vous étonnera peut-être - comme ça m'a aussi beaucoup étonnée (!!!), moi qui suis la première agacée par les sur-promesses. Je précise que les publicités étudiées étaient quand même toutes issues de la presse papier, que donc seules les marques avec un minimum de succès commercial ont les budgets pour se payer de telles pages et un bon service réglementaire, et je sais que les manquements aux règles des allégations se font plus souvent chez les tout petits non visés par cette étude, pas par volonté de tromper mais par manque de connaissance et de moyens.

Autre exemple d'auto-régulation : avant même que la loi n'impose quoique ce soit, la plupart des marques ont décidé par elles-même, sur conseil de la FEBEA dès 2013, de supprimer de leurs formules le conservateur MIT suite à des intolérances chez certains enfants (eczéma notamment). Après, ça prend un peu de temps à substituer si on veut le faire sérieusement, c'est pour cela que vous trouvez encore de nombreux produits cosmétiques avec MIT sur le marché. Oui, parce que après avoir remplacé les parabènes à chaîne courte dont la toxicité n'a jamais été avérée par le MIT qui s'est montré d'une innocuité discutable, par quoi remplacer le MIT ? Vaste question... Pas facile. ll n'y a pas de conservateurs idéaux, y compris et peut-être plus encore dans le Bio. Les conserveurs sont faits pour tuer ou limiter la prolifération de germes pathogènes, donc jamais totalement inoffensifs. Mais ils sont indispensables pour une bonne conservation et une bonne innocuité des produits.

Je voudrais aussi revenir sur une confusion qui est souvent faite, au sujet des allergies. Dans l'étude de Que Choisir, ils mélangent un peu molécules potentiellement allergisantes (= pour une infime part de la population, inoffensives pour tous les autres : nickel, blé, arachides, fruits de mer...) et molécules vraiment toxiques (pour tout le monde : nicotine, acide sulfurique...). Est-ce qu'on va arrêter la commercialisation de fraises ou de cacahuètes parce que quelques personnes y sont allergiques ? Non bien sûr. Allergique ne veut pas dire toxique. Donc pour les 26 "allergènes" listés par la réglementation et quelques autres, c'est pareil. D'autant plus que la plupart proviennent d'extraits de plantes largement utilisées, notamment dans les parfums (rose, agrumes...). Ce ne sont pas des "substances indésirables", "à éviter" comme l'annonce Que Choisir. Ils sont juste plus allergisants que d'autres molécules. Les personnes qui y sont allergiques doivent arrêter de les utiliser, et c'est notamment pour cela qu'il y a une liste d'ingrédients obligatoire sur les emballages.

Concernant le sodium lauryl sulfate (SLS) classé comme irritant : c'est vrai, en termes toxicologiques purs, mais ça dépend de sa dose, des associations avec d'autres tensioactifs, du reste de la formule, du mode d'application (âge, zone du corps, rincé ou non...). Un produit avec SLS est parfois un peu décapant (un peu, pas "méga-irritant") mais peut aussi être très doux. Or comment est interprété "irritant" par le grand public ? "Irritant" comme de l'acide chlorhydrique ? Est-ce que l'un d'entre vous a déjà eu le cuir chevelu brûlé par un shampooing avec SLS ?

Je pourrais encore en écrire encore des tonnes, mais comme j'avais promis un "petit article rapide" (mouhahaha) et qu'on a déjà abordé le sujet ici à plusieurs reprises, je vais m'arrêter là et vous inviter à (re)lire, si ça vous intéresse, les articles déjà publiés sur (dé)maquillages.

Interview en 2 parties d'un toxicologue indépendant :

Petite précision pour celles et ceux qui arriveraient ici sans me connaître, et qui pourraient penser que je suis vendue au Grand Capital de la Beauté :) : mon avis est celui d'une professionnelle, biologiste spécialisée en cosmétologie, en contact avec des toxicologues et chercheurs depuis plus de 15 ans, et qui prône une cosmétique sûre avec, dans la mesure du possible, le plus d'ingrédients naturels possible, même si je n'ai rien ou pas grand-chose contre les produits de synthèse quand ils sont utilisés à bon escient. 

Par exemple, ce n'est pas moi qui vous inciterai à appliquer quotidiennement en hiver une crème avec des filtres chimiques SPF30 à cause justement de leur effet œstrogénique potentiel, et surtout de l'effet cumulatif avec d'autres molécules - indépendamment de la cosmétique - pouvant également agir comme perturbateurs hormonaux. Je vous inviterai à le faire en revanche en cas d'exposition solaire entre disons avril et octobre (terrasse, plage, montage...), en privilégiant les filtres minéraux qui eux sont biologiquement inertes. Je vous expliquerai que si vous appliquez de temps en temps des filtres chimiques, comme je le fais moi-même l'été, ce n'est quand même pas bien grave, le plus important c'est de vous protéger des méfaits du soleil. Vous ne mourrez pas pas de l'application de benzophénone. Certaines molécules que vous ingérez (alimentation - pesticides etc, pharmacie) ou inhalez (produits détergeant, pollutions diverses...) sont bien pires que celles que vous appliquez sur la peau, peau qui par ailleurs est une barrière naturelle, certes imparfaite, mais barrière quand même contre les éléments étranger. 

Je finirai par une dernière remarque au sujet de cet article de Que Choisir : comme par hasard, en octobre dernier, 60 millions de Consommateurs faisait exactement le même genre de papier. Ça a énormément buzzé, tout le monde en a parlé, les magazines se sont vendus comme des petits pains. C'est très bon pour le business. Bisous.

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